2026-04-16
International Organization for Media, Creativity, and Development a organisé, le 15 avril 2026, un dialogue ouvert via l’application WhatsApp, auquel ont participé de nombreux universitaires et spécialistes dans divers domaines. Ils ont échangé leurs points de vue et leurs expériences autour de la sémiotique cognitive, en particulier dans le monde arabe.
Cette séance a été dirigée par la présidente de l’organisation, Dr. Madeleine Kassab, qui a souligné dans son discours la nécessité pour le secteur académique du monde arabe d’adopter la sémiotique cognitive. Celle-ci est capable d’expliquer le mécanisme par lequel l’expérience sensorielle humaine se transforme en symboles et en significations, et elle explique comment l’être humain construit le sens à travers la métaphore, l’incarnation et la mémoire. D’autant plus que la sémiotique cognitive a redéfini la notion de « signe » que la sémiotique classique avait adoptée pendant de longues années. Le signe ne se limite plus au « signifiant, signifié et référent », mais est devenu un événement perceptif qui se forme, croît, évolue et se transforme au moment de l’interaction, ce qui confère à la communication une plus grande dynamique et flexibilité.
Les principaux points abordés lors de ce dialogue:
1. Les différences entre la sémiotique classique et la sémiotique cognitive, dont les plus importantes sont: la sémiotique classique est une science du système tandis que la sémiotique cognitive est une science du flux. La première cherche des règles, la seconde cherche des processus. La première donne au signe l’autorité du texte, la seconde lui donne l’autorité du cerveau.
2. L’importance de la sémiotique cognitive découle du fait qu’elle constitue un pont reliant de nombreuses sciences, telles que la linguistique, la psychologie cognitive et les neurosciences. Elle permet donc de comprendre la manière dont le sens est produit dans l’esprit et non seulement dans le texte. Elle considère le signe comme un processus cognitif vivant lié au cerveau et à la conscience, et étudie la manière dont le signal devient une idée, l’idée devient connaissance, et la connaissance devient comportement et action incarnée.
3. La sémiotique cognitive peut être appliquée concrètement dans de nombreux domaines, tels que les médias, l’éducation, la psychothérapie et la construction du discours, grâce à sa capacité à analyser le mécanisme par lequel les gens interagissent réellement avec les symboles et les significations dans leur vie quotidienne, et le mécanisme par lequel se forment les croyances, les images mentales et les biais (étude de la programmation interne de l’esprit).
4. La nécessité d’adopter la sémiotique cognitive dans l’étude de la relation entre la langue et la pensée, en particulier dans le monde arabe saturé de discours politiques, religieux, culturels et médiatiques, ce qui conduit à comprendre la structure profonde de la conscience arabe dans ses diverses manifestations.
5. Le rôle de la sémiotique cognitive dans la réforme de l’éducation dans le monde arabe, en la faisant passer de l’endoctrinement, mémorisation et répétition, à la pensée critique, production de sens, compréhension du contexte et à l’analyse du discours écrit, auditif et visuel.
6. L’importance de la sémiotique cognitive à l’ère et dans le domaine de l’intelligence artificielle, car elle aide à concevoir des systèmes qui comprennent les symboles d’une manière plus proche du fonctionnement du cerveau humain.
7. Jusqu’à présent, la sémiotique cognitive ne représente pas un champ indépendant dans la plupart des universités arabes, malgré l’intérêt académique arabe évident pour cette branche du savoir. Les recherches restent des pratiques individuelles et non institutionnalisées. Il est donc nécessaire que les responsables du processus éducatif créent des départements et des facultés spécialisés dans ce domaine scientifique et allouent un financement suffisant et approprié pour faire progresser le savoir arabe vers des niveaux plus profonds. Sans la sémiotique cognitive, nous ne pouvons pas créer un système cognitif permettant de comprendre l’interaction entre la langue traditionnelle, les symboles religieux et politiques, les concepts modernes, la terminologie technique et le discours médiatique rapide. Sinon, nous serons confrontés à une inflation des signes et à une contraction de la compréhension.
8. Grâce à la sémiotique cognitive, le champ académique arabe peut réorganiser la langue et la transformer d’une langue qui produit des slogans en une langue qui produit des concepts, une langue qui permet la pensée et l’analyse critique plutôt que la répétition. La sémiotique cognitive est le pont solide entre le patrimoine et le savoir scientifique, et grâce à elle nous préserverons un patrimoine qui donne des racines et une science qui donne des horizons.