2026-05-17

Le Rôle des Arts Appliqués dans le Développement Scientifique et Sociétal

Entretien avec Professeure Dr. Salwa Hassan
Préparé par Dr. Madeleine Kassab

Dr. Madeleine Kassab a ouvert l’entretien en soulignant que le monde traverse aujourd’hui un état de déséquilibre entre l’orientation matérialiste utilitaire et la nécessité d’investir les capacités humaines et spirituelles afin d’atteindre un progrès global et harmonieux. Elle a insisté sur le fait que l’art n’est pas seulement un espace esthétique, mais une structure cognitive qui façonne la manière dont l’être humain comprend lui‑même et le monde, et l’aide à affronter les défis matériels, psychologiques et intellectuels.

Elle a également indiqué que tout projet de développement « demeure incomplet tant que la conscience affective n’habite pas dans tous ses détails », et que l’art constitue le principal porteur de cette conscience, car il établit l’équilibre entre l’idée et le ressenti, entre la logique et l’émotion, entre la matière et le sens.

C’est à partir de cette vision que Dr. Kassab a présenté son invitée:
Prof. Dr. Salwa Hassan, doyenne de la Faculté des arts appliqués à l’Université Badr d’Assiout, forte d’une vaste expérience dans la formation académique, le conseil médiatique, le développement des compétences, ainsi que dans l’autonomisation des femmes et des enfants. L’entretien visait à explorer en profondeur le rôle des arts appliqués dans le développement scientifique et sociétal, en s’appuyant sur son expertise de terrain et ses travaux de recherche.

*Arts appliqués et éducation: de la transmission du savoir à un rituel cognitif vivant

Dr. Kassab a commencé par une question portant sur la crise de l’enseignement traditionnel, devenu — comme mentionné dans l’entretien — « ennuyeux pour de larges catégories d’étudiants », soulignant la nécessité d’intégrer la science et l’art afin de produire un contenu qui s’adresse à l’intellect sans priver l’apprenant de l’énergie émotionnelle qui permet une compréhension plus profonde.
Dr. Hassan a répondu en affirmant que les arts appliqués peuvent humaniser la science, en la transformant d’un processus de “chargement cognitif” en une expérience sensorielle et visuelle. Elle a mis en avant trois axes principaux:
- Le design graphique et la visualisation des données: où le chiffre devient récit visuel. Comme le texte le précise: « Au lieu de lire des tableaux de données austères, l’art appliqué transforme les chiffres en histoires visuelles ».
- Le design industriel et l’expérience utilisateur: qui convertissent les lois scientifiques en modèles tangibles que l’étudiant peut ressentir physiquement.
- L’architecture et l’environnement éducatif: en concevant les salles de classe selon la “psychologie du design” pour créer des espaces favorisant l’équilibre psychologique et la disponibilité à l’apprentissage.
Elle a également insisté sur la nécessité de faire évoluer l’assurance qualité académique vers une architecture du processus éducatif, capable de mesurer l’aptitude à susciter l’émerveillement plutôt que de se limiter à des indicateurs quantitatifs.

*Arts appliqués et santé: de l’ornementation au design thérapeutique

Interrogée sur la relation entre l’art et la santé, Dr. Hassan a expliqué que l’art appliqué fait désormais partie intégrante de la structure thérapeutique, et non plus un simple élément décoratif. Elle a identifié trois domaines essentiels:
- L’architecture des environnements de soins: utilisation des couleurs, des matériaux naturels et du design biophilique pour réduire le stress.
- Le design des dispositifs médicaux: transformation des machines intimidantes en formes artistiques, notamment pour les enfants.
- L’art‑thérapie: recours au processus créatif comme outil diagnostique et thérapeutique.
Elle a présenté des exemples concrets du monde arabe, tels que l’hôpital 57357 en Égypte, les centres pour l’autisme aux Émirats arabes unis, et les établissements de santé mentale au Maroc et en Tunisie. Elle a également souligné le rôle de l’éclairage dynamique et des environnements numériques dans la réduction de la douleur et la régulation du rythme circadien.

*Art, publicité et durabilité: passer de la vente de produits à la vente de valeurs

Dr. Kassab a interrogé son invitée sur la capacité de l’art et de la publicité à façonner une conscience collective positive en faveur de la durabilité. Dr. Hassan a répondu que la publicité doit devenir un discours culturel et éducatif, dépassant la logique consumériste pour adopter une “philosophie de l’utilité étendue”.
Elle a mis en avant trois leviers principaux:
- Humaniser la durabilité: transformer les données environnementales en images capables de toucher la sensibilité.
- La publicité narrative: présenter les comportements écologiques comme des actes héroïques du quotidien.
- L’économie pourpre et circulaire: où les arts appliqués deviennent moteurs d’une économie fondée sur la beauté et la culture.
Elle a illustré cela par des exemples concrets:
- transformation des déchets de palmier et du plastique marin en mobilier artistique;
- conception d’emballages qui se transforment en plantes après usage;
- création d’identités visuelles pour les villes vertes;
- mode durable et installations environnementales.

*Autonomisation des femmes et des enfants grâce aux arts appliqués

Une autre partie de l’entretien a exploré le rôle des arts appliqués dans l’autonomisation des femmes et des enfants. Dr. Hassan a affirmé que l’art n’est pas un luxe, mais un outil économique, psychologique et culturel.
Autonomisation des femmes par:
- indépendance économique grâce aux métiers d’art et au design;
- valorisation des artisanats traditionnels en industries créatives haut de gamme;
- design comme outil de résistance culturelle pour redéfinir l’image de la femme au‑delà des stéréotypes.
Autonomisation des enfants par:
- conception d’environnements éducatifs respectant leur physiologie et stimulant l’exploration;
- art‑thérapie comme moyen d’expression pour les enfants ayant vécu des traumatismes.

*Intelligence artificielle et art: authenticité de l’âme ou virtuosité de l’imitation?

Dr. Kassab a demandé si l’intelligence artificielle est capable de produire un art authentique. Dr. Hassan a répondu que l’IA « ne connaît ni l’amour, ni la perte, ni l’extase », et manque donc du contexte émotionnel qui confère à l’art son authenticité.
Malgré sa capacité d’imitation, l’IA demeure — selon ses mots — un « moteur probabiliste », tandis que l’être humain est un « moteur axiologique ». Ainsi, l’art authentique restera fondamentalement humain, même si l’IA transformera les modes de production et d’interaction.

*L’art comme pont entre les cultures et relecture contemporaine du patrimoine

La dernière question portait sur la capacité de l’art à dépasser les barrières politiques, sociales et religieuses. Dr. Hassan a affirmé que l’art s’adresse à l’universel humain intérêt, créant des “zones grises” propices au dialogue et dissolvant la diabolisation produite par les idéologies.
Concernant le patrimoine, elle le décrit comme un organisme vivant. L’authenticité, selon elle, ne réside pas dans la reproduction, mais dans l’extraction de la philosophie esthétique et sa réintégration dans des fonctions contemporaines, telles que:
- l’utilisation de la mashrabiya dans les façades de bâtiments intelligents;
- l’impression 3D pour raviver les ornements mamelouks;
- la transformation des artisanats traditionnels en produits de luxe.

Conclusion
L’entretien s’est conclu par un message de gratitude de Dr. Madeleine Kassab à Prof. Dr. Salwa Hassan, en reconnaissance du « flot riche d’énergie scientifique et artistique » et de sa contribution à la diffusion du savoir par l’Organisation internationale des Medias, Creativité et Développement.

+Le texte intégral de l’entretien est disponible en arabe via le lien suivant: https://iomcd.org/php/viewInterview.php?id=78&lan=1





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