2026-06-14

De La Pollution à L’Intelligence Bio‑Technologique: de Nouvelles Voies Pour Intégrer La Croissance Economique à L’Ethique Environnementale

À une époque où le rythme de la croissance économique s’accélère d’une manière qui amplifie les risques environnementaux, et où les défis touchant l’essence même de la relation de l’être humain à la Terre ne cessent de s’intensifier, l’étude du lien entre l’économie politique et l’environnement devient une nécessité à la fois intellectuelle et éthique. C’est dans ce contexte que Dr. Madeleine Kassab a mené un entretien approfondi avec Dr. Iman Gatea, spécialiste des biotechnologies à l’Université de Bagdad et responsable de la Division des technologies et de la bioremédiation au Centre de recherche et de technologie de l’environnement, de l’eau et des énergies renouvelables. Forte de quatre brevets et d’une cinquantaine de publications dans des revues arabes et internationales, Dr. Iman constitue une référence scientifique dans les domaines de l’environnement et de l’économie circulaire.

L’entretien s’ouvre sur une question centrale: comment parvenir à un équilibre entre une croissance économique rapide et la protection de l’environnement? De cette interrogation découlent plusieurs axes thématiques portant sur les philosophies économiques, le droit international, la biotechnologie, le bien‑être humain, la gestion des déchets, la concurrence économique et le rôle des universités et des experts dans la construction d’une conscience environnementale durable.

1. Capitalisme et socialisme: philosophies divergentes, impacts environnementaux divergents

Dr. Iman explique que l’impact de la gestion des ressources environnementales varie selon l’orientation politique. Dans les systèmes capitalistes, « la priorité est donnée à la croissance rapide et au profit », ce qui entraîne l’épuisement des ressources et l’aggravation de la pollution. À l’inverse, les systèmes socialistes reposent sur « la planification centrale et le contrôle gouvernemental », permettant l’adoption de politiques environnementales plus globales, bien que limitées par les capacités économiques.

Elle souligne que les biotechnologies constituent un point de convergence entre les deux modèles, car elles permettent de traiter les eaux usées, de réduire les émissions et d’améliorer l’efficacité de la production. L’utilisation de micro‑organismes dans les stations d’épuration en est un exemple concret.

Elle conclut que l’orientation politique est le facteur déterminant de la réussite de la gestion des ressources, et que l’intégration des biotechnologies dans les politiques publiques est essentielle pour concilier développement et protection de l’environnement.

2. Droit national et international: de la théorie à la mise en œuvre

Selon Dr. Iman, la coordination entre les cadres juridiques nationaux et internationaux constitue « la pierre angulaire » de la lutte contre les risques environnementaux liés à l’accélération de l’activité économique. Les accords internationaux tels que Paris et Kyoto offrent des cadres généraux, mais la mise en œuvre nationale souffre souvent de « capacités inégales et d’un manque de financement ».

Elle identifie les exigences nécessaires pour passer de la théorie à l’application:
- Surveillance continue
- Révision périodique
- Rôle actif de la société civile
- Échange d’expertise entre les États
- Indicateurs de performance environnementale mesurables.

Cependant, des obstacles pratiques — tels que le manque de financement et la faiblesse institutionnelle — demeurent importants. Elle insiste donc sur la nécessité de stratégies multidimensionnelles combinant financement durable, développement technologique et réforme administrative.
Elle affirme que la réussite des politiques environnementales dépend de l’équilibre entre engagements internationaux et capacités nationales, ainsi que de la construction d’un environnement juridique « flexible et transparent » favorisant l’innovation.

3. Besoins humains et bien‑être: une relation ambivalente avec l’environnement

Dr. Iman explique que les besoins humains contemporains sont étroitement liés au confort et à la technologie, ce qui a entraîné « une modification du type et de la quantité d’exploitation des ressources naturelles ». Le progrès technologique a accru le niveau de confort, mais a également intensifié la demande en eau, en énergie, en minéraux et en matières premières — provoquant l’épuisement des ressources et la dégradation des écosystèmes.

Elle décrit la relation entre bien‑être et environnement comme à double face:
Aspects positifs
- Amélioration de l’efficacité de la gestion des ressources
- Développement de technologies propres
- Renforcement de la conscience environnementale
- Utilisation du big data et de l’intelligence artificielle pour la surveillance environnementale.

Aspects négatifs
- Surconsommation
- Dépendance aux ressources non renouvelables
- Perte de biodiversité
- Défis liés aux infrastructures numériques
- Risques de cybersécurité.

Elle souligne que l’ère numérique offre des opportunités majeures pour la gestion des ressources, mais impose également des défis nécessitant des politiques équilibrant consommation et développement durable.

4. Concurrence économique: entre innovation et pression environnementale

Dr. Iman estime que la concurrence économique peut être une force positive lorsqu’elle est bien gérée, car elle « stimule l’innovation et l’adoption de technologies propres ». Toutefois, elle peut devenir néfaste lorsque les entreprises négligent les normes environnementales pour maximiser leurs profits.

Elle insiste sur l’importance:
- des politiques réglementaires
- d’un contrôle efficace
- et de l’harmonisation internationale des normes environnementales, afin que la concurrence soutienne la transition écologique plutôt que de l’entraver.

5. Transformer les déchets en économie circulaire: entre bio‑innovation et défis éthiques

Dr. Iman explique que transformer les déchets d’un fardeau en un « marché dynamique » nécessite un système intégré combinant technologie et politiques de soutien. La bio‑innovation en est un pilier central, permettant l’utilisation d’organismes vivants pour décomposer les déchets et produire des matériaux biologiques utiles. Cependant, cette voie soulève des préoccupations éthiques, notamment concernant les organismes génétiquement modifiés et leurs risques potentiels pour la biodiversité.

Elle énumère les exigences pour réussir la transition vers une économie circulaire:
- Infrastructure financière solide
- Politiques encourageant la recherche et le développement
- Systèmes efficaces de collecte et de tri des déchets
- Formation de personnel qualifié
- Cadres réglementaires clairs
- Normes éthiques strictes.
Elle souligne la nécessité de laboratoires modernes et de partenariats internationaux pour garantir l’utilisation sûre des micro‑organismes.

6. Guerres et catastrophes: rôle des experts et des biotechnologies

En période de guerre ou de catastrophe environnementale, les experts en économie environnementale jouent un rôle crucial dans l’orientation des réponses rapides et la définition des priorités. Les biotechnologies apparaissent comme des outils efficaces pour éliminer les polluants de l’eau, de l’air et du sol, grâce à leur rapidité d’action et à leur faible coût.

Dr. Iman anticipe le développement de réseaux microbiens intelligents, des systèmes capables de nettoyer l’environnement en continu grâce à l’intelligence artificielle et à l’Internet des objets.
Mais cet avenir fait face à plusieurs défis:
- Risques liés à la manipulation génétique
- Besoin d’infrastructures solides
- Difficultés logistiques dans des environnements instables
- Enjeux juridiques et éthiques.
Elle insiste sur le fait que l’intégration de la technologie et de l’éthique est indispensable à la réussite de ces réseaux.

7. Universités et identité environnementale: du savoir au comportement

Dr. Iman estime que les universités peuvent transformer la conscience environnementale en une identité culturelle en:
- développant des programmes reliant environnement et sciences humaines
- lançant des initiatives de service communautaire
- établissant des partenariats institutionnels
- intégrant la dimension psychologique dans l’éducation à la gestion des déchets.
Elle note que « la faible attention accordée à la dimension psychologique » limite l’efficacité des efforts environnementaux. Les programmes de sensibilisation doivent donc toucher les émotions et les valeurs culturelles pour influencer les comportements.
Les biotechnologies, ajoute‑t‑elle, peuvent servir d’outils pédagogiques renforçant la confiance et reliant le savoir scientifique à la pratique.

Conclusion

À la fin de l’entretien, Dr. Madeleine Kassab a remercié son invitée pour « cette contribution généreuse et riche », alliant profondeur théorique et expertise pratique, et ouvrant de nouvelles perspectives pour comprendre la relation entre économie, environnement, technologie et éthique. Elle affirme qu’un avenir environnemental durable ne pourra être atteint que par l’intégration de la science, des politiques publiques et de la conscience collective.

+Le texte intégral de l’entretien est disponible en arabe via le lien suivant: https://iomcd.org/php/viewInterview.php?id=81&lan=1





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