2026-07-24

La Composante Géophonique Dans L’Ecologie Du Paysage Sonore

Le 22 juillet 2026, l’International Organization for Media, Creativity & Development a organisé un dialogue ouvert via sa plateforme électronique, auquel ont participé de nombreux universitaires et spécialistes de divers domaines. Ils ont échangé leurs points de vue et leurs expériences autour du thème: la composante géophonique dans l’écologie du paysage sonore.

Les principaux points abordés lors du dialogue:

1. Définition de la géophonie
La géophonie est définie comme l’une des branches modernes de l’écologie du paysage sonore, qui comprend également la biophonie (sons des êtres vivants) et l’anthrophonie (sons humains et industriels). La géophonie étudie les sons produits par les éléments “ non vivants” de l’environnement tels que le vent, les vagues, les roches, le sable, la glace et les séismes. Cette spécialisation récente représente une tentative de comprendre la Terre à travers l’analyse des sons générés par les processus physiques de la nature.

2. Outils et techniques
Les outils et techniques utilisés en géophonie incluent l’analyse spectrale du son, les instruments de mesure des vibrations terrestres et les microphones ultra-sensibles.

3. Quelques informations détaillées concernant:
- Les sons du vent, leurs fréquences et les variables qui les contrôlent, telles que la vitesse de l’air, la forme du relief, le type de végétation, la densité des roches et l’humidité.
- Les sons de l’eau: vagues, courants, bulles d’air, pluie et impact de l’eau sur les roches, ainsi que les facteurs qui contrôlent les niveaux de fréquence résultant des processus physiques de l’eau.
- Les sons des roches et du sable: comme les « sables chantants », où les dunes produisent un son semblable à un chant en raison de la vibration des grains de sable homogènes lors de l’effondrement de surface des dunes. Les roches, lorsqu’elles sont soumises à une pression thermique ou mécanique, émettent des sons de fissuration et des micro-vibrations dont les fréquences varient entre 10 et 200 Hz.
- Les sons de la glace et fréquences résultant de l’expansion et de la contraction, des fissures, du glissement des plaques et des bulles d’air emprisonnées.
- Les sons des séismes et des volcans et les fréquences enregistrées par des dispositifs spécialisés mais non audibles directement par l’homme. Les séismes produisent des ondes infrasonores, tandis que les volcans actifs génèrent un bourdonnement entre 0,5 et 3 Hz.

4. Les bénéfices appliqués de la géophonie
- Surveillance de la santé des écosystèmes: par exemple, la modification des sons naturels peut indiquer la dégradation des forêts, le changement climatique, l’érosion des côtes et le déséquilibre biologique.
- Prévision des catastrophes: l’analyse des sons aide à prévoir les séismes, à surveiller l’activité volcanique et à suivre les avalanches ainsi que d’autres catastrophes.
- Thérapie sonore: les sons naturels sont utilisés pour réduire le stress, améliorer le sommeil et réorganiser le rythme neuronal.
- Ingénierie sonore environnementale: ce domaine de connaissance contribue à concevoir les villes en tenant compte de la distribution du bruit et en intégrant les sons naturels dans la planification urbaine.

5. Absence totale dans le monde arabe
Ce domaine est totalement absent en tant que filière indépendante dans le monde arabe, malgré son développement mondial au cours des deux dernières décennies. Certaines universités arabes enseignent des sujets proches de la géophonie, tels que la géologie acoustique, l’analyse des vibrations terrestres, la surveillance des changements environnementaux par le son, et l’étude des sons des vagues dans les sciences marines et océaniques. Cependant, les universités arabes tendent généralement vers la géologie traditionnelle, les sciences environnementales classiques et l’ingénierie sonore artistique, et souffrent clairement d’un manque de conscience quant à l’importance du paysage sonore environnemental.

* Cette session a été dirigée par la Présidente de l’Organisation, Dr. Madeleine Kassab, qui a posé des questions critiques sur certains termes utilisés dans ce domaine scientifique et dans d’autres champs de connaissance tels que la biologie. Voici un extrait de son intervention:
*« La géophonie n’est pas simplement l’étude des sons des “éléments naturels”, mais une tentative de comprendre la Terre comme un être vivant doté d’un langage propre; un langage qui se lit à travers les fréquences et les vibrations, nous offrant une nouvelle manière de connaître l’histoire et le présent géologique, environnemental et énergétique, à travers le paysage sonore que la nature produit et dans lequel elle conserve ses secrets.
- Ainsi, si la Terre est un être vivant, comment ses éléments peuvent-ils être considérés ou décrits dans la littérature scientifique comme “non vivants”?
- N’avons-nous pas besoin d’une “révolution conceptuelle” qui libère le sens de la “vie” de la prison des processus biologiques vers les espaces de “l’énergie cosmique” qui alimente toutes les formes d’activités et de processus, y compris biologiques et physiques?
- Les notions de “vivant” et de “non-vivant” ne sont-elles pas liées aux limites et aux insuffisances de la compréhension humaine de l’essence de l’univers? De plus, le manque de coopération et d’interaction entre les différents secteurs scientifiques — comme la coordination entre la biologie et la physique quantique — n’y contribue-t-il pas?
- La mort n'est-elle pas, à un certain niveau, une forme de vie à un autre? Un cadavre est considéré comme un être sans vie, mais l’est-il vraiment au niveau énergétique et microscopique?
- Ne peut-on pas considérer que la séparation stricte entre les sons issus des processus physiques et ceux issus des processus biologiques constitue un véritable obstacle empêchant d’atteindre une conscience profonde de la dynamique de la création? Les processus biologiques et physiques n’interagissent-ils pas entre eux, en forme et en substance, au niveau des particules et de l’énergie?
- Changer les concepts contribue nécessairement à changer la perception et l’interaction avec les éléments existentiels — visibles et invisibles, audibles et inaudibles, tangibles et intangibles, perceptibles et imperceptibles — et contribue ainsi à transformer les propriétés mêmes de la “vie”. »*





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